Voyage

Un peu de soleil du royaume de Ryukyu

En cette période froide et enneigée, voici un petit bout de chaleur venant d'Okinawa, où j'ai eu la chance de passer quelques jours cet automne.

Les plages tropicales, les gens chaleureux, l'endroit rêvé pour passer ses vacances au soleil, voilà ce que l'on connaît d'Okinawa. Mais les énormes différences culturelles et de langage avec le reste du Japon ainsi que les efforts des habitants pour s'en démarquer révèlent un passé à la fois riche et lourd.

Situées à égale distance du Japon, de Taiwan et de la Chine, et sous l'influence politique de cette dernière, les îles d'Okinawa étaient autrefois un état indépendant appelé royaume de Ryukyu. Rien ne le destinait à être rattaché au Japon. C'est au XVIIème siècle, après une guerre perdue, que le royaume se voit également devenir tributaire du Japon. Il finit par être officiellement rattaché en 1872 sous la restauration Meiji.

Moins de 100 ans après cette annexion forcée, l'ancien royaume indépendant paie son tribut à l'empire japonais en devenant le théâtre de la terrible et décisive bataille d'Okinawa qui visait à protéger à tout prix le territoire japonais de l'envahisseur américain. De fin mars à fin juin 1945, la guerre fit rage, prenant pleinement les civils à partie dans un conflit qui selon eux ne les concernaient pas. Leur nationalité officielle japonaise et leur indifférence pour la "mère patrie" leur valut l'inimité des deux forces en présence, et de nombreux meurtres et viols ont été commis indifféremment par les armées américaines et japonaises, sans oublier les "incitations" au suicide de cette dernière une fois la défaite devenue évidente.

À la fin de la guerre, 90% des bâtiments furent détruits, 142.000 civils avaient péri, et l'armée américaine annexa le territoire pour s'y installer durablement. Aujourd'hui encore, environ 20% du territoire de l'île principale est occupé par les bases US. Les incidents impliquant des militaires sont très fréquents, et l'impossibilité pour la justice japonaise de juger les criminels en uniforme en raison de leur statut (selon l'accord de coopération, les militaires américains ne peuvent être jugés que par la justice US) génère une énorme frustration parmi la population.

Malgré ce passé très douloureux et humiliant, il suffit de se rendre à Okinawa pour se rendre compte que le royaume de Ryukyu est toujours bel et bien vivant. Les dialectes locaux, quoi qu'en voie de disparition, sont encore pratiqués ça et là ; et quoi qu'il en soit le japonais parlé à Okinawa diffère largement de celui du reste du Japon. Les arts d'Okinawa sont uniques, ainsi que son folklore. La manifestation la plus frappante est sans doute l'omniprésence des Shisa, créatures placées de chaque côté d'une entrée afin de la protéger des esprits maléfiques (on en voit même devant certaines portes de toilettes publiques!).

L'esprit d'indépendance vis-à-vis du reste du Japon est tellement fort que les habitants ont un terme spécifique, naicha, servant à désigner les autres Japonais. À Okinawa, un Tokyoïte est autant un étranger qu'un Gaijin. Pour autant, on ne recense pas de mouvement indépendantiste significatif - Okinawa est administrativement une partie du Japon, mais reste culturellement le royaume de Ryukyu, et ce statut suffit à contenter ses habitants.

Malgré un tourisme très dynamique, et l'impulsion économique provoquée par les bases US, le taux de chômage à Okinawa reste plus élevé que dans le reste du Japon. Les îles sont dans une situation assez ambigüe, restant économiquement en vie grâce au tourisme venant du Japon pour lequel elles ont été sacrifiées par le passé, et des bases américaines dont elles souhaitent plus que tout le départ.

Enfin bref, je voulais juste partager la beauté d'Okinawa via quelques photos prises pendant mon séjour, et je finis par pondre un pavé sur son histoire et sa condition. Mais il me semble que la connaissance de ces faits est importante pour vraiment ressentir l'atmosphère magique de cette région et la mélancolie de son peuple, qui sont parfaitement retransmises par la musique locale (sur la vidéo: Shimanchu nu takara du groupe Begin). Et puis, Okinawa est le seul endroit où j'ai trouvé que les Salarymen avaient l'air cool, avec leurs super chemises hawaïennes. Sticking out tongue

Pour apprécier pleinement ces quelques photos, je vous recommande d'activer la HD et le plein écran via les boutons en bas du lecteur. Elles sont également visibles et téléchargeables sur mon compte Flickr.

I-ya-sa-sa!

PS: Et pour les amateurs de Budo, Okinawa est également un endroit que l'on se doit de connaître pour être le berceau du Karaté.

PS2: Joyeuses fêtes! ;)

Hikawa Jinja et Kame-chan

Allez, on va conclure cette petite parenthèse touristique par mon temple favori. J'ai beaucoup de chance car il se trouve à 10 minutes à pied de chez moi.

Le Hikawa Jinja, c'est en effet le temple qui a donné son nom à Omiya (大宮: grand temple). Il occupe une place importante dans la vie de ses habitants : situé en bordure du parc municipal, il sert de cadre à nombre d'évènements (Shichi-go-san, Tookamachi, O-Shougatsu et bien entendu le Matsuri), et est précédé d'une longue Sandou (route droite approchant un temple) de deux kilomètres, parsemée de grosses Tooris.

Omiya

Seule la moitié de cette route est ouverte à la circulation des voitures, l'autre fait un chemin absolument parfait pour aller courir les jours de printemps!

Enjoying Hanami in Omiya

Au bout de cette route se trouve un petit étang savamment aménagé pour paraître naturel, et déjà l'on voit quelques bâtiments secondaires du temple.

Hikawa Jinja
Hikawa Jinja
Hikawa Jinja

Les alentours de cet étang sont une halte que l'on fait volontiers, puisque l'on peut bénéficier de la compagnie des indispensables carpes et tortues (j'adore les tortues!), ainsi que des pigeons dont pour une fois on ne pestera pas la présence. En bruit de fond, quelques corbeaux chargent l'atmosphère d'une ambiance grave...

Kame-chan
Hikawa Jinja
Hikawa Jinja
Hikawa Jinja
Hikawa Jinja
Hikawa Jinja

Puis on se décide à traverser le pont, et le bâtiment principal (que vous avez déjà vue une paire de fois ici) nous rappelle bien que l'on est en face de l'un des temples majeurs du shinto!

Hikawa Jinja

Malgré son importance religieuse, le temple Hikawa n'est pas un lieu touristique : trop loin de Tokyo, et le reste de la ville n'a que peu d'intérêt pour le touriste, à moins que celui-ci ne soit également intéressé par les bonsaïs. Du coup, l'atmosphère calme mi-nature mi-divin est parfaitement préservée, et en dehors des jours de fête où les fidèles affluent la fréquentation est très diffuse, condition indispensable pour pleinement apprécier une visite au temple.

Hikawa Jinja

Comme dans tous les temples, quelques arbres sans âge, devant lesquels une jeune Japonaise semble se recueillir.

Hikawa Jinja
Hikawa Jinja
Hikawa Jinja

Devant l'autel figurent, en bonne place, les offrandes de sake.

Hikawa Jinja

Ça fait longtemps que je me demande pourquoi les Japonais font toujours des offrandes de sake à leurs dieux, alors que beaucoup d'autres religions de part le monde considèrent l'alcool comme néfaste. La conclusion à laquelle je suis arrivé est double : d'une, on sacrifie ce qui est important, et vous n'imaginez pas à quel point l'alcool est important pour les Japonais. De deux, les Japonais sont des gens intelligents : ils ont compris qu'un dieu en coma éthylique, c'est un dieu qui ne peut pas vous nuire!

En passant derrière le temple, une autre merveille nous attend : ce petit jardin japonais d'eau, de pierre et de plantes, qui respire littéralement le Zen.

Small japanese garden around Hikawa Jinja
Hikawa Jinja

Un endroit absolument délicieux, dans lequel je viens régulièrement me ressourcer et que je vous recommande chaudement si vous voulez visiter un temple shinto sans la vague habituelle de touristes bruyants.

Kyoto again

Kyoto streets

Eh oui, toujours en mode touriste... J'ai une nouvelle fois posé le regard sur Kyoto, ses temples et ses petites ruelles.

Kyoto streets
Kyoto streets
Nishiki market

Grâce à la grippe porcine qui était arrivée à Osaka et Kyoto pile à ce moment-là et à l'anxiété des Japonais, la ville était inhabituellement déserte de ses touristes... Lors de l'achat des billets de train, l'agence de voyage m'a demandé deux fois si j'étais sûr de vouloir y aller, et les informations montraient des tour-opérateurs qui devaient faire face à une effroyable série d'annulations. Énorme avantage pour le Gaijin inconscient que je suis, il n'y avait vraiment pas foule, et j'ai même pu prendre une photo du Kinkaku-ji sans qu'il y ait trois Allemands et quinze Chinois dessus!

Kinkaku-ji

Par rapport à ma première visite, j'ai donc pu apprécier l'ambiance des lieux historiques de Kyoto quand la foule est absente. Il n'y a pas à dire, que ce soit les temples ou les jardins, il faut un minimum de calme pour pouvoir en profiter. Je me repète, mais si vous comptez visiter le Japon, essayez de venir pendant la saison creuse (et pour les endroits comme Kyoto qui ne connaissent pas de saison creuse, pensez à venir en période de phobie collective, comme ça arrive assez souvent ici).

Nijo Castle

Parmis tous les temples, châteaux et jardins, le Kiyomizu-dera est définitivement mon endroit préféré à Kyoto. Les bâtiments resplendissent du rouge que j'aime tant, les structures en bois sont magnifiques et franchement, ce temple a une présence unique.

Kiyomizu-Dera
Kiyomizu-Dera
Kiyomizu-Dera
Kiyomizu-Dera
Kiyomizu-Dera

Les rues alentours, certes très commerçantes, n'en restent pas moins charmantes.

Around Kiyomizu-Dera
Around Kiyomizu-Dera
Around Kiyomizu-Dera
Around Kiyomizu-Dera

Kiyomizu-Dera

Et le folklore local est également sympa. La personne ci-dessous s'essaie à une tradition fort connue : parcourir les 18 mètres séparant les deux "pierres d'amour" (la première est derrière lui) les yeux bandés, et sans assistance. S'il parvient à atteindre la deuxième pierre, ses vœux d'amour s'exauceront.

Kiyomizu-Dera

Ben j'espère juste que sa main droite fonctionne bien, parce que vu l'endroit où il est arrivé il risque d'en avoir encore besoin un bon moment!

Kamakura again: Kencho-ji

Un autre temple bouddhiste à Kamakura, et pas des moindres puisqu'il s'agit du pionnier en matière de zen au Japon: le Kencho-ji.

Kencho-ji

Il ne faut pas s'y tromper, malgré le grand nombre de temples à Kamakura (et partout dans le Japon d'ailleurs), chacun a son style propre. Au final, le principal point commun avec le Enkaku-ji est la présence d'une autre cloche classée monument national. Ce n'est pas vraiment le genre de détail qui retient mon attention ; ce qui m'a vraiment impressionné, ce sont ces arbres vieux de 700 ans qui se dressent avec majesté peu après la porte principale.

Kencho-ji

Pour le reste, c'est un très joli temple et on y trouve de belles choses, vieilles idoles bouddhistes, plafonds superbement dessinés, toits raffinés, etc.

Kencho-ji Kencho-ji
Kencho-ji Kencho-ji

Mais le clou, c'est ce jardin zen visible à l'arrière du bâtiment principal. Assis sur la petite terrasse en bois, profitant de l'ombre du bâtiment, l'on peut admirer ce qui reste à mon humble avis le plus beau jardin que l'on puisse voir à Kamakura, dans une ambiance rafraîchie et silencieuse qui appelle vraiment à la contemplation.

Kencho-ji
Kencho-ji

Impossible de capturer l'ambiance de ce lieu inspirant avec exactitude, mais voici malgré tout un petit panorama effectué avec les moyens du bord.

Lorsque, comme ce jour-là, les visiteurs sont peu nombreux, on se prend à rêver de pouvoir s'installer tranquillement dans le jardin pour y passer l'après-midi avec un bon bouquin...

C'est définitivement l'endroit que j'apprécie le plus à Kamakura. Tellement que, pour une fois, je vais m'abstenir de conclure l'article par une connerie. Ne vous inquiétez pas, je me rattraperai sur les suivants. Sticking out tongue

Kamakura again: Enkaku-ji

Caramba! Encore une semaine sans poster! Désolé, j'étais en fait occupé à faire mon touriste et à me réinstaller dans mon petit chez-moi qui n'a heureusement pas bougé depuis mon départ. J'en ai profité pour me rééquipper un peu afin de faire la cuisine plus souvent. Grande décision, finis les bentos du combini et les Yoshinoyas, maintenant la cuisine à la maison sera la règle et non plus l'exception. Du coup je me suis acheté un nouvel autocuiseur à riz pour remplacer celui que j'avais payé 1000Y chez un Chinois d'Akiba. Et oh surprise, contrairement à l'autre il prépare un riz parfaitement cuit, qui ne colle jamais au rebord et se programme pour me réveiller au doux parfum du koshihikari. Tout de suite, ça donne plus envie!

Depuis mon retour, j'ai donc fait le touriste. Je suis notamment retourné à Kamakura, et c'est là que la beauté du lieu m'a enfin sauté aux yeux, et ce pour une raison très simple: il n'y avait que très peu de touristes. Alors d'accord, c'est pas très malin de se plaindre des touristes quand on en est soi-même un, mais il n'en reste pas moins vrai qu'un temple, ça ne peut guère s'apprécier dans le bruit! Les belles structures en bois, l'intégration dans la nature, l'ambiance calme et relaxante, tout ce travail ne peut pas vraiment se remarquer quand on se trouve dans la foule. En dehors des quelques Japonais qui ne travaillaient pas ce jour-là, il y avait aussi des écoliers en field-trip qui venaient visiter leur patrimoine. Amusante expression de l'obsession nippone à savoir parler anglais, ils avaient également pour mission d'interviewer les étrangers présents avec quelques questions simples en anglais et de recueillir leur signature. Du coup j'ai signé quelques autographes. :D Frustrante réaction d'étonnement lorsque j'ai discuté un peu en japonais avec eux, il leur était inconcevable qu'un étranger parle japonais (déjà que j'étais pas américain, ça a fini de les scier ). Eh, amis Japonais! Faites plutôt sortir vos enfants de leur île si vous voulez qu'ils comprennent un peu le monde!

Enfin, passons plutôt aux temples proprement dits, à quelques uns seulement puisqu'il y en a bien plus que les trois que j'ai visités ce jour-là. L'entrée dans les temples bouddhistes est payante (évidemment Sticking out tongue) mais vaut franchement le coup. Le Enkaku-ji, le plus proche de la charmante petite gare de Kita-Kamakura, nous plonge déjà dans l'ambiance: dans un coin un peu reculé, des archers s'adonnent au Kyudo.

Enkaku-ji

La porte principale (Sanmon), reconstruite il y a 200 ans, en jette aussi particulièrement.

Enkaku-ji

Une fois ce monstre de bois passé, on profite de l'arrangement des lieux: c'est très beau et très calme. Étudié pour sembler naturel, mais extrêmement réfléchi. Les écoliers travaillent dur à leur chasse au Gaijin, rendue difficile par la faible affluence. Un petit jardin floral  qui ne paye pas de mine révèle un chemin menant vers une hauteur d'où une statue de Bouddha veille sur le cimetière où résident les moines décédés.

Enkaku-ji Enkaku-ji
Enkaku-ji Enkaku-ji
Enkaku-ji Enkaku-ji

Les vivants ne sont pas en reste puisque les demeures des moines, trahies par leurs boîtes aux lettres, ont l'air plutôt agréables à vivre. Je commence à comprendre la frustration qu'ont certains Japonais sur les très bonnes relations qu'entretiennent les moines bouddhistes avec l'argent. :D Il n'y a qu'à voir leur sens du business (boudhiness?) - autant que je me souvienne, je n'ai jamais payé pour entrer dans un temple Shinto.

Le Enkaku-ji est également connu pour héberger ce qui serait une des dents de Bouddha (vous savez, le sage qui avait demandé qu'on ne fasse pas le culte de sa personne après sa mort), ainsi qu'une cloche classée trésor national. Mais au final, c'est rien d'autre qu'une grosse cloche... Sticking out tongue

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